Mon
stage chez le professeur Daniel Morel Fatio à l’hôpital hospice d’Ivry sur
seine
Le professeur Morel Fatio reste un grand
méconnu parmi les chirurgiens plasticiens français; pourtant il a t été très rapidement celui qui
a été entouré par une cohorte de jeune chirurgiens plasticien remarquables, dont
le docteur Claude Nicoletti, le docteur Daniel Marchac, le docteur Jean-Pierre
Lalardrie qui parmi d'autres ont marqué leur époque par des découvertes et des
actions chirurgicales novatrices à la suite de leur collaboration avec Morel
Fatio.
Le
personnage de Morel Fatio
Daniel Morel Fatio avait 65 ans en 1976, né à
Paris en 1911.
Il devint chirurgien des hôpitaux sur concours
; grand ami du professeur Claude Dufourmentel, il fonda la Société de chirurgie
plastique réparatrice française en 1952 avec le docteur Paul Tessier et Raoul
Tubiana, ce dernier se spécialisant davantage dans la chirurgie de la main.
Morel
Fatio était un personnage extrêmement complexe ressemblant physiquement à Paul
Meurisse, l'acteur célèbre des années 1950-1970; il en avait la dégaine mais en
plus il se promenait, pour faire la visite des patients dans les salles,
communes à l’époque, véritables cathédrales bruyantes, accompagné de sa
surveillante générale qui tenait en laisse son petit chien précieux.
Étaient aussi hospitalisés des patients qui
présentaient des fractures, notamment du col du fémur : un des chefs de
clinique était donc un orthopédiste et l'autre un chirurgien plasticien ; juste
avant moi ce fut la très célèbre Françoise Firmin qui s'est illustrée dans les
reconstructions d'oreilles dans l'équipe du Professeur Paul Tessier.
Les staffs du service était mémorable car tous
les assistants étaient présents et les patientes se dénudent devant cet
aréopage pour montrer leurs seins ou leurs problèmes de chirurgie réparatrice ;
Si certaines étaient offusqué les autres comprenaient que c'était important
parce qu'il y avait des discussions pour déterminer quelle était la meilleure
technique opératoire à leur proposer. Cette conception du staff m'a marqué et
j'ai moi-même persisté pendant toute ma carrière à organiser des staffs plus
intimistes pour préserver la pudeur des patients mais en même temps discuter
entre collègues des meilleurs choix thérapeutiques.
Le professeur Morel Fatio avait très peu
d’intérêt pour les internes surtout d'origine étrangère, mais un peu plus de
respect pour les chefs de clinique ; il était très attaché à ses assistants.
Assez hautain et même précieux il avait non
seulement cette pratique de chirurgie esthétique à l'hôpital mais aussi un
cabinet en ville: cela explique qu'il était très fort en matière de chirurgie
esthétique à une époque où très peu de chirurgiens s'intéressent à ce domaine. Aussi
c'était notre chance de pouvoir observer ses techniques opératoires. De plus
c'était un chirurgien adroit, très habile, rapide ; il connaissait bien le
principe des lambeaux de reconstruction pour réparer les plaies des membres.
Les apports scientifiques du professeur
Daniel Morel Fatio
A cette
époque Daniel Morel Fatio
s'intéressait avec Lalardrie aux séquelles de paralysie faciale ,
notamment au niveau des paupières paralytiques au décours des paralysies
faciales, par inertie du muscle
orbiculaire palpébral; après
beaucoup de tâtonnements, ils avaient réussi à concevoir un ressort en forme
d'épingle ouverte implanté dans la
paupière supérieure: une branche au-dessus du tarse et l'autre dans la région
sous orbitaire osseuse; la faible force de du ressort palpébral permettait au
patient, par action de son muscle releveur de la paupière supérieure, à ouvrir
les yeux qui ainsi pouvait se fermer passivement. Cette idée extrêmement
astucieuse se heurta petit à petit à un problème ennuyeux qui était l'issue des
fragments du ressort métallique au travers de la peau.
Cette technique fut donc abandonnée, au profit
de la technique du cerclage de la fente palpébrale par un fil siliconé, une
innovation chirurgicale apportée par le professeur Arion. Mais ce fil est
également cassant, et ne donne 100 % de bons résultats, bien au contraire.
Les rhinoplasties du docteur Morel Fatio
L’opération
de rhinoplastie paraissait simplissime entre ses doigts ; apparemment ;il avait
bien assimilé les techniques de Jacques Joseph, le chirurgien de Berlin qui
avait mis au point les rhinoplasties par voie endo nasale.
Le patron DMFl utilisait des tampons de
cocaïne pour anesthésier l'intérieur de la muqueuse nasale ; les patients
étaient opérés sous anesthésie locale pure avec sédation.
C'était très surprenant qu'ils endurent sans
trop de hurlement les ostéotomies latérales, pratiquées à légers coups de burin
et marteau ; Habile rapide et toujours un peu systématique, DMF utilisait une technique
pratiquement la même pour tous les cas, avec une bossectomie par râpage ou
résection, puis les ostéotomies latérales ; des gestes très modérés par voie endo
nasale pour retailler la pointe nasale. La mode était à ce moment-là à que les
nez soient en trompette, à la parisienne, rajeunissant avec une petite courbure
vers concave le haut au niveau de l'arête. Je ne l'ai jamais vu faire de
réinclusion ni osseuse ni cartilagineuse.
Des
mèches et un petit plâtre pour finir le travail et hop le patient pouvait
sortir après une heure ou deux de séjour dans un lit de l'hôpital, qui était en
plus un hospice de vieux…
Mes rapports difficiles avec le
professeur Morel Fatio
On ne peut pas dire que j’ai eu des rapports
privilégiés avec lui; de plus je revenais des États-Unis où j'avais appris les
techniques de microchirurgie: je souhaitais opérer des urgences de la main; une
nuit j'ai appelé le docteur Daniel Marchac qui a fait toute la route pour venir
depuis son domicile lointain pour attendre que j'ai commencé puis fini
l'intervention de réparation d'une main blessée; depuis ce jour je garde une
estime très importante pour Daniel Marchac qui avait accepté de jouer le jeu de
l'ancien venu couvrir le petit jeune à l'appétit chirurgical démesuré.
Un
autre sujet de friction était lié à mes rapports difficiles avec Françoise
Firmin qui était devenu assistante dans le service ; elle était réticente à la
pratique de la microchirurgie ; c'est ainsi qu'elle me refusa l'indication de
pratiquer un lambeau de microchirurgie pour resurfacer le cou d'un jeune homme
qui avait été très sévèrement brûlé, avec une symphyse entre le menton et le
sternum.
J’étais contrarié qu'elle refuse cette
réparation par microchirurgie, mais je dois dire qu'à la fin j’ai pratiqué une
grande greffe de peau totale qui a donné un résultat tout à fait remarquable.
La sagesse est dans l'ancienneté et pas dans
la précipitation pour exploiter des techniques que l'on pense maîtriser et qui
ne sont pas forcément la meilleure solution dans certains cas.
Le devenir du professeur Morel Fatio
J’ai quitté son service pour aller dans d’autres
services de chirurgie plastique, notamment comme chef de clinique chez le
professeur Claude Dufourmentel à l'hôpital Saint-Louis, Nous apprîmes par voie de presse et scandale
que le fisc était tombé sur le dos du professeur Morel Fatio à cause d’ un
problème de négligence de déclaration de
revenus; je crois que cela a brisé sa
carrière; nous ne l'avons plus vraiment revu dans les congrès car Il faisait
pâle figure et tête basse il est décédé en 1988, Il n'a pas vraiment donné de
descendance chirurgicale marquante, mis à part les PR Nicoletis, Lalardrie et
Marchac..